TA NEA - Interview de Jean-Marc Ayrault [el]

M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du développement international, a, à l’occasion de son déplacement en Turquie, en Grèce et à Chypre, accordé une interview au quotidien grec TA NEA.

Propos recueillis par Apostolos Magniriadis.

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Traduction de l’article en français

« La Grèce présente de forts avantages »

La visite récemment programmée à Paris de Vladimir Poutine a été reportée. Comment pourra-t-on cicatriser la blessure sur les relations de la Russie avec l’Occident, provoquée par les frappes barbares sur Alep ?

Sur la Syrie, comme sur d’autres crises internationales, le dialogue avec la Russie est difficile mais nécessaire. Nous n’avons jamais cessé de parler à la Russie et nous continuerons. Le Président Poutine a préféré reporter sa visite à Paris. Cela ne doit pas nous empêcher de poursuivre un indispensable dialogue, comme cela a été le cas le 19 octobre à Berlin. Mais, pour qu’il porte ses fruits, ce dialogue doit être franc et clair.

La priorité de la France est constante : mettre un terme au drame insoutenable qui se déroule sous nos yeux, à Alep. Nous devons aboutir à un arrêt pérenne des bombardements. Seule une véritable cessation des hostilités créera les conditions pour un accès de l’aide humanitaire dont les populations civiles ont cruellement besoin, et une reprise des négociations en vue d’une transition politique.

Quelle est la position française officielle s’agissant des révélations qui figurent dans le livre de Lhomme et Davet sur un entretien Poutine-Hollande portant sur des concertations présumées entre le Président russe et M. Tsipras au sujet de la possibilité d’imprimer des drachmes à Moscou ? Cette information est-elle démentie ou pas ?

Le Premier ministre Alexis Tsipras a fait le choix de maintenir la Grèce dans la zone euro. C’est incontestable. Cette volonté s’est accompagnée de décisions et de réformes difficiles et courageuses. Aujourd’hui, la Grèce se redresse. C’est une bonne nouvelle pour le pays et pour sa population, autant que pour la zone euro et l’Europe.

Y a-t-il un lien entre les flux des réfugiés et le terrorisme ? Maintenir ou suspendre le Traité de Schengen ? Laquelle de ces deux options serait plus à même de protéger les frontières au sein de l’UE ?

L’Europe fait face à un afflux massif de réfugiés dont l’origine se trouve, pour l’essentiel, dans la guerre en Syrie. D’autres facteurs jouent également, qu’il faut prendre en compte dans une réponse globale des Européens, incluant notamment leurs partenaires africains.

Malheureusement des terroristes ont pu profiter de la désorganisation qu’a entraîné cet afflux massif pour arriver en Europe. Pour autant, il faut être très clair et refuser l’amalgame entre des personnes qui cherchent légitimement la protection à laquelle elles ont droit et ceux qui n’ont pour objectif que semer la morte et déstabiliser nos sociétés.

C’est pourquoi il est crucial que l’Europe se dote enfin des capacités de contrôler sa frontière extérieure. Beaucoup de progrès ont été accomplis ces derniers temps. La mise en place, depuis le 6 octobre, du Corps européen de garde-frontières et de garde-côtes en fait partie. La Grèce a notamment fourni des efforts considérables qui méritent d’être salués. La France lui apporte son soutien, avec des moyens humains et matériels.

La mise en œuvre de l’accord UE-Turquie a donné un coup de frein aux flux migratoires vers l’Europe. Craignez-vous que la Turquie cesse de respecter l’accord sur la crise des réfugiés, en particulier en l’absence de progrès sur la question des visas ? Et, que se passera-t-il dans ce cas ?

L’accord de l’Union européenne avec la Turquie a permis la mise en place d’une gestion commune de cette crise, ce qui est dans l’intérêt de tous. L’Union européenne soutient la Turquie dans l’effort incontestable qu’elle déploie pour l’accueil de plus de 3 millions de réfugiés. Nous luttons ensemble contre les réseaux de passeurs, afin que migrants et réfugiés ne risquent plus leur vie en traversant la mer Égée.

Ce plan fonctionne : 700 000 migrants sont entrés en Grèce les 6 mois ayant précédé l’accord, 18 000 les 6 mois suivants. Il a permis de sauver des centaines de vies humaines. Il doit donc continuer à être mis en œuvre, dans le respect des engagements pris de part et d’autre.

Une question qui ne porte pas sur la diplomatie mais plutôt sur la politique : est-ce que SYRIZA a une place au sein de la famille des socialistes européens ? Que pensez-vous du fait que les relations entre SYRIZA et les socialistes grecs se trouvent à leur point le plus faible depuis l’arrivée de ce parti au gouvernement, en janvier 2015 ?

Je respecte trop mes amis grecs pour commenter leur politique intérieure ! Ce que je constate, c’est que la France travaille étroitement avec le gouvernement grec. Le récent succès du forum des Etats méditerranéens de l’Union, qui a eu lieu à Athènes le 9 septembre dernier en a apporté une nouvelle illustration.

Quand pensez-vous que les grands investissements français seront de retour en Grèce ? A votre avis, le climat politique actuel est-il attrayant pour les investisseurs internationaux ?

Les échanges franco-grecs ont toujours été importants et ils présentent beaucoup de potentiel. La majorité des entreprises françaises présentes en Grèce sont restées sur place pendant la crise. Elles ont contribué à préserver l’emploi et recommencent aujourd’hui à investir.

La Grèce a de très grands atouts, qu’il faut rappeler : un haut niveau d’éducation et de qualification, un potentiel exceptionnel dans le tourisme, les énergies renouvelables ou l’agro-alimentaire. Je sais que le gouvernement grec est attaché à promouvoir l’attractivité de son pays auprès des investisseurs étrangers.

De nombreuses entreprises françaises s’intéressent d’ailleurs au marché grec. Elles ont tout notre soutien, comme l’ont rappelé le Président de la République et le Premier ministre grec en concluant, il y a un an, un partenariat stratégique. La stabilisation économique, qui est aujourd’hui manifeste ouvre la perspective de voir la croissance repartir. Nos échanges devront donc pouvoir s’intensifier encore davantage. L’ambassade de France et la chambre de commerce France-Grèce organisent ainsi le 24 novembre un forum des affaires « Energie-Environnement » auquel participeront de nombreuses entreprises françaises légitimement intéressées par ce secteur porteur. Et le lendemain, aura également lieu à Athènes un forum de l’innovation qui mettra en relation les éco-systèmes français et grec de l’innovation.

Article original en grec

Lire l’intégralité de l’article en grec sur le site du quotidien TA NEA (publié le 25 oct. 2016)

dernière modification le 25/10/2016

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