MAKEDONIA : interview de l’ambassadeur Christophe Chantepy [el]

Le journal du Nord de la Grèce, MAKEDONIA, a publié vendredi 15 janvier 2016, une interview de Christophe Chantepy, ambassadeur de France en Grèce sous le titre : "Pour attirer les capitaux, il faut de la confiance".

Propos recueillis par Christina Tachiaou.

L’article publié le vendredi 15 janvier 2016 à l’occasion de la visite de l’ambassadeur à Thessalonique cite : l’ambassadeur français confirme que Thessalonique intéresse les entreprises françaises.

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Traduction de l’interview en français

Vous êtes arrivé en Grèce dans une période agitée. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

La Grèce est un pays que j’avais eu le plaisir de visiter à diverses reprises. Cette fois est bien entendu différente puisque j’ai l’honneur d’y représenter mon pays. Ce que j’ai retrouvé immédiatement en arrivant ici, c’est, en dépit des difficultés, cette chaleur humaine, cette disponibilité généreuse envers autrui, qui témoigne une nouvelle fois de la force de la « philoxenia » grecque.

Quelles sont les suites de la visite du Président de la République française dans le secteur des entreprises et des investissements ? Concernant plus particulièrement Thessalonique, y a-t-il des choses que vous puissiez dire à ce sujet ?

Le Président de la République française et le Premier ministre grec ont signé une importante déclaration commune qui fixe les lignes d’un renforcement de notre coopération dans de nombreux domaines. En termes d’investissements, une mission conjointe franco-grecque est à l’œuvre et a d’ores et déjà identifié les secteurs d’intérêt pour les investisseurs. Nous continuons d’y travailler.
Dans ce contexte, Thessalonique revêt naturellement un intérêt particulier. Cette ville a vocation, par son positionnement géographique et son port, à être un pôle de développement économique majeur. Les entreprises françaises en sont conscientes.

Le président François Hollande a parlé de la nécessité d’assurer la stabilité et des perspectives pour la Grèce en début d’année, c’est-à-dire maintenant. Voyez-vous cette stabilité et ces perspectives ?

La France est fortement engagée aux côtés de la Grèce. La Grèce a franchi de nombreux obstacles et a approuvé plusieurs trains de mesures importantes, qui vont dans le sens des réformes nécessaires pour que l’économie grecque renoue avec la croissance. Une revue du programme d’aide est en cours et nous sommes confiants dans sa conclusion positive, avant d’ouvrir le chapitre du reprofilage de la dette. Le maître mot pour le retour des investissements et de la croissance, c’est la confiance. Il faut la construire pierre par pierre.

Considérez-vous qu’il y a, jusqu’à présent, une mobilisation suffisante dans la lutte contre Daech ?

La France a été touchée par des attentats d’une rare violence, mais au-delà ce sont nos valeurs communes qui étaient attaquées. D’innombrables témoignages d’amitié nous ont été prodigués par nos amis grecs et nous y avons été extrêmement sensibles. La France a réagi avec fermeté et elle a reçu de la part de ses alliés le soutien qu’elle sollicitait. Je pense en particulier à l’intensification de nos frappes militaires qui commencent à produire leurs effets. Comme l’a dit le Président de la République, « les coups portent, les djihadistes reculent ».

La lutte contre le terrorisme peut conduire à une réduction des libertés individuelles. Les citoyens français seraient-ils prêts à l’accepter facilement ?

Le caractère exceptionnel des attentats simultanés qui ont frappé Paris et la permanence de la menace ont justifié que l’état d’urgence soit déclaré. Les Français le comprennent. Et toutes les mesures qui sont prises le sont dans le cadre de l’Etat de droit.

Ayant servi en cabinet ministériel et auprès du Premier ministre, vous connaissez tant la politique que l’administration. Selon vous, quels sont les problèmes communs entre la France et la Grèce en ces domaines ?

La recherche de l’efficacité de l’administration est une lutte permanente. Dans une démocratie mature, il est indispensable qu’une relation de confiance existe entre les citoyens et l’Etat. Cette relation suppose que la nécessaire contribution de chacun – les impôts – trouve sa contrepartie dans des services collectifs efficaces.

A votre avis, les périls qui pèsent sur l’Europe mettent-ils son unité à l’épreuve ?

Les défis que l’Europe est amenée à relever aujourd’hui sont nombreux, qu’il s’agisse de la question des réfugiés, de la crise économique ou du débat sur le Brexit. C’est ensemble que nous devons les relever. Et nous devons expliquer sans relâche à nos concitoyens que l’Europe n’est pas un problème, mais la solution et que tout recul serait préjudiciable à chacun des Etats membres

S’agit-il de votre première visite à Thessalonique ? Connaissez-vous les liens entre la France et cette ville, la place qu’y occupait le français au 19e siècle et jusqu’à la libération de la ville en 1912 ?

Il s’agit en effet de ma première visite à Thessalonique et j’étais impatient de venir. Cette ville occupe une place particulière dans la mémoire collective française. Elle reste liée au souvenir de la Première guerre mondiale dont nous célébrons actuellement le centenaire. L’impressionnante nécropole de Zeïtenlick témoigne de cette histoire humaine qui a établi un lien entre tant de familles françaises et de Thessalonique. Thessalonique demeure également chère au cœur de mes compatriotes descendants des familles juives ayant émigré au début du 20e siècle. Cette ville est un condensé de l’histoire de la Grèce et de l’Europe, un carrefour des influences et des cultures. Je sais que la langue et la culture françaises y ont toujours joué un rôle important. Je connais la contribution des écoles religieuses françaises, de l’Alliance israélite universelle et de la Mission laïque française qui choisit, en 1906, une Thessalonique encore ottomane comme lieu d’implantation de sa première école à l’étranger. Aujourd’hui, la présence du consulat général, de l’Institut français et de l’Ecole française s’inscrivent dans cet héritage historique et illustrent l’intérêt porté par la France à cette grande et belle ville.

dernière modification le 19/02/2016

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