Interview de l’Ambassadeur pour TO VIMA [el]

Jean-Loup Kuhn Delforge, ambassadeur de France en Grèce, a accordé une interview au quotidien TO VIMA du dimanche, parue le 13 septembre 2015.

Sous le titre « Jean Loup Kuhn-Delforge : « L’important, ce sont les réformes » l’ambassadeur a répondu aux questions du journaliste Angelos Athanassopoulos.

Traduction de l’article paru en grec dans son édition originale :

JPEG L’importance de la question de la dette ne doit pas être surévaluée. C’est plutôt sur la mise en œuvre du programme convenu le 12 juillet, l’accent étant mis sur les réformes de la Justice, de la fiscalité et de l’administration publique sur lesquelles le nouveau gouvernement, qui résultera des élections du 20 septembre, devrait se concentrer. C’est ce que souligne en discutant avec « To Vima », M.  Jean Loup Kuhn-Delforge . L’ambassadeur sortant de France à Athènes, après un séjour de quatre ans dans notre pays, passe le témoin à son successeur, M.  Christophe Chantepy à partir de la semaine prochaine. Quelques jours avant de quitter la Grèce, ce diplomate français âgé de 65 ans partage son expérience et ses pensées sur son séjour en Grèce et évoque les raisons pour lesquelles Paris s’est résolument tenu aux côtés d’Athènes.

Pourquoi la France a-t-elle décidé d’aider résolument la Grèce dans les difficiles négociations du mois de juillet dernier ?

« Parce que depuis le début de la crise, la France a été aux côtés de la Grèce dans les différentes négociations. Parce que c’était l’intérêt commun de tous. L’aide française n’était pas une position nouvelle. Pendant les quatre ans de mon séjour ici, à tout moment j’ai vu nos négociateurs, nos experts rechercher sans cesse des solutions qui permettent d’éviter l’impasse pour la Grèce.. La France s’est engagée résolument aux côtés de la Grèce dans le but de défendre le projet européen. L’Europe avance lentement, elle s’arrête parfois, mais depuis 1950 elle n’a jamais reculé. Et la zone euro n’est pas seulement une union monétaire, c’est aussi un projet politique qui vise à renforcer l’U.E. J’ajoute que la question de la Grèce n’est pas seulement de nature monétaire. C’est une question avant tout de réformes, c’était la question du retour du pays à la croissance.

Craignez-vous une sortie de la Grèce de la zone euro ?
« Je crois que maintenant les choses sont claires, qu’il n’y a plus matière à débat. La zone euro est une construction irréversible qui repose sur un principe de solidarité entre ses membres. Nous sommes très conscients des conséquences dramatiques qu’un retour à la monnaie nationale entraînerait pour la population grecque mais aussi du coût d’une telle sortie pour l’ensemble des économies européennes. Nous sommes aussi conscients de la manière dont les pays tiers, les investisseurs étrangers voient la zone euro et plus largement l’U.E. ».

Pourquoi la Grèce n’est pas parvenue à sortir de la crise et un nouveau mémorandum s’est avéré nécessaire ?
« Je pense qu’il ne faut pas regarder trop vers le passé. Il est vrai qu’en Grèce du temps a été perdu. Au cours des quatre ans qui viennent de s’écouler, toute la volonté politique n’a pas toujours été au rendez-vous, les moyens aussi, les circonstances. Mais, le programme tel qu’il a été approuvé par le gouvernement Tsipras donne toutes les cartes à la Grèce pour sortir de la crise, s’il est appliqué. On dit souvent que le mémorandum n’a pas produit les effets positifs attendus. Encore faut-il que les mémorandums aient été appliqués et notamment en matière de réformes, qui ne sont pas synonymes d’’austérité mais d’améliorations tangibles pour les citoyens, de levée des verrous pesant sur la croissance…. L’une des priorité du nouveau programme est précisément de mettre l’accent sur l’appropriation par les autorités grecques des réformes à entreprendre. La Grèce doit appliquer les réformes. Il n’y a aucune raison que la Grèce ne puisse pas aller de l’avant si les nouvelles autorités qui seront issues des prochaines élections du 20 septembre, se saisissent du programme et le mettent en œuvre de la façon la plus approfondie possible.

Quels sont les trois principaux domaines où les réformes structurelles sont nécessaires ?
« Ma réponse est très claire : la Justice, la fiscalité et l’administration publique. Ce sont trois réformes indispensables au redressement économique de la Grèce et au bien-être de la population. Sans réforme de la justice- que ce soit la justice des affaires, la justice administrative ou le contrôle exercé par la Cour des comptes -, les autres réformes seront dénuées de leur efficacité. Pourquoi ? Parce que dans la lutte contre la corruption, il faut une justice à la fin. Parce que pour que le renforcement de la concurrence – indispensable pour permettre enfin aux prix de baisser – ne pourra intervenir que si des pratiques déloyales sont sanctionnées effectivement et rapidement par la justice. Il en est de même pour la fiscalité.
La deuxième réforme indispensable qui a déjà commencé mais dont les progrès restent insuffisants, c’est la réforme du système fiscal. Qu’il s’agisse des textes, qu’il s’agisse de l’organisation de l’administration fiscale qui manque peut-être de moyens, qu’il s’agisse de la manière dont cette administration travaille. Sur ces différents sujets, sur lesquels la France souhaite mettre la priorité de son assistance technique, la réforme fiscale est indispensable pour permettre à l’Etat grec de rembourser sa dette mais surtout de créer un modèle viable de société et de l’Etat.
La troisième réforme sur laquelle la France a travaillé déjà depuis trois ans est la réforme de l’administration. Il est nécessaire d’avoir une administration efficace pour les citoyens et surtout pour lutter contre la bureaucratie qui est une source de corruption ».

La Grèce peut-elle surmonter la crise sans une solution au problème de la dette publique ?
« La question de la dette est certes très présente dans le débat politique grec mais son importance ne doit pas être surévaluée. D’abord, des aménagements ont déjà été pratiqués, comme le PSI, le retour à la Grèce des intérêts perçus sur les obligations grecques détenues par les banques centrales des Etats-membres. D’autres aménagements sont envisageables. Une discussion va s’ouvrir à l’automne. Je le répète, je crois que la question fondamentale de la Grèce c’est celle de mener à bien les réformes qui sont dans son intérêt et dans l’intérêt de la population grecque ».

La Grèce se dirige à nouveau vers les élections, c’est le troisième scrutin depuis le début de 2015. Quelle incidence cela peut avoir sur l’économie grecque ? D’après votre expérience, le temps est-il venu pour un gouvernement de grande coalition ?
« Dans quelque pays que ce soit, l’économie n’aime pas beaucoup les élections qui sont facteur d’incertitude. Nous ne pouvons que souhaiter que de ces élections sorte une solution politique qui favorise la stabilité. La Grèce a besoin de stabilité politique. Sans une vraie stabilité politique, Grèce ne pourra pas avancer. C’est d’ailleurs ce que la grande majorité des Grecs souhaitent, si l’on en croit les sondages. En tout cas, ce sont les électeurs qui décideront ».

(“Jean Loup Kuhn-Delforge : L’important, ce sont les réformes” Lire l’article en grec en ligne sur le site de : TO VIMA)

dernière modification le 30/09/2015

haut de la page