Interview de Michel Sapin à l’Agence de presse athénienne [el]

Sous le titre « je salue le courage du premier ministre pour la conclusion d’un accord », l’Agence de presse athénienne publie sur son site l’interview du ministre des Finances et des Comptes publics, M. Michel Sapin, accordée le 18 juillet 2015

J - La procédure pour parvenir à un accord sur la crise grecque a été très difficile et douloureuse. L’Allemagne a résisté avant d’accepter un accord, grâce au rôle catalyseur de la France. Comment expliquer la « rigidité » de Berlin ?

MS -« L’important c’est qu’à la fin nous ayons trouvé, ensemble, un accord. J’ai dit dès le premier jour qu’il fallait trouver un équilibre qui passe par le respect du vote du peuple grec, mais aussi le respect de notre cadre commun. Solidarité et responsabilité, tels étaient donc les deux principes que la France a défendus. Nous avons été une sorte de trait d’union. Il était naturel pour notre pays, de par l’histoire commune que nous avons avec le peuple grec, d’être dans ce rôle. D’autres, dont l’Allemagne, devait d’abord retrouver la confiance.
Mais il n’est pas possible de rendre responsable l’actuel premier ministre, dont je salue le courage, de ce qui n’avait pas été suffisamment fait auparavant. Et il fallait faire prévaloir ce qui était au fond dans l’intérêt de l’Europe.
L’accord trouvé lundi est le meilleur accord possible. Il recrée la confiance qui avait été perdue et permet à la Grèce d’envisager le futur au sein de la zone euro. »

J - Comment l’accord va-t-il contribuer au développement de l’économie grecque ?

MS - « Premièrement, l’accord a permis de trouver une solution de court terme qui permette à la Grèce de faire face à ses obligations. Le vote qui est intervenu en Grèce, la capacité des pays européens à mettre en place ce financement à court terme, devraient permettre d’ouvrir une autre phase –avec pour commencer la réouverture des banques. La confiance qui revient, c’est aussi de la croissance qui peut revenir.
Mais au-delà l’accord sera à terme utile pour la croissance grecque. L’économie grecque a besoin de réformes, c’est indéniable, et d’une politique budgétaire sérieuse qui permette de réduire sa dépendance à des financements extérieurs. Mais l’accord prévoit aussi des fonds européens qui seront rapidement débloqués, y compris dans le cadre du plan Juncker, pour relancer l’investissement en Grèce. Enfin, cet accord met officiellement sur la table la question de la dette. Dès le mois de février j’ai dit que ce sujet n’était pas tabou. Nous allons travailler à alléger le fardeau de la dette par une restructuration, sans pour autant passer par un effacement nominal de la dette, qui ne serait pas acceptable par les pays européens. Sur la dette aussi, il faut combiner solidarité et responsabilité. »

J - Le risque de sortie de la Grèce de l’euro a-t-il complètement disparu ?

MS-« Aujourd’hui, avec un plan qui se met en place comme prévu, nous allons démontrer que le risque de Grexit est derrière nous. La zone euro a vocation à s’étendre, pas à se rétrécir. Tel est l’idéal du projet européen qu’ont voulu les pères de l’Europe comme Jean Monnet. Je rappelle que les traités ne prévoient pas de sortie de la zone euro. Quant à l’idée de sortie temporaire, j’ai toujours trouvé qu’elle n’avait aucun sens. Soit on sort, soit on reste, il n’y a pas d’entre deux. La place de la Grèce est et demeure dans l’euro. »

J- La France a montré qu’elle a un rôle décisif et prépondérant dans l’évolution de l’Europe. Le rôle de la France vous semble-t-il renforcé au sein du couple franco-allemand ?

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MS – « La France a été au rendez-vous. Nous avons joué notre rôle. La zone euro n’est pas qu’une question économique, c’est aussi une question de solidarité entre les peuples et de responsabilité.
Mais il n’y a pas de solution en Europe sans le rapprochement des points de vue allemand et français, et l’accord de lundi vient encore de le rappeler. L’axe franco-allemand a été mis à l’épreuve, certes, mais il en ressort renforcé.
Cette crise doit nous amener à réfléchir au futur de l’intégration économique européenne et à la question d’un gouvernement de la zone euro, comme l’a proposé le président de la République mardi 14 juillet. »

L’interview en grec sur le site de l’Agence de presse athénienne / ANA : http://www.amna.gr/article/83668/O-M.-Sapen-sto-APE-MPE:-Chairetizo-to-tharros-tou-AL.-Tsipra-gia-tin-epiteuxi-tis-sumfonias

dernière modification le 21/07/2015

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