Guide de la Thessalonique juive

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Jérusalem des Balkans », la Salonique juive reste un sujet fascinant, dont les traces typographiques ont été d’abord emportées dans un remodelage de la ville sous la nouvelle souveraineté grecque suivi par l’Holocauste puis l’urbanisation irrespectueuse des années 60.

Pour qui sait et veut lire la ville, sa part juive, moins spectaculaire que les restes romains, byzantins et ottomans, est bel et bien présente.

Ces quelques éléments, empruntés avec l’autorisation des auteurs à l’excellent guide en anglais de Rena Molho qui attend sa traduction française permettront au Français curieux de retrouver ses « racines » propres ou celles d’une communauté devenue mythique. Pour que sa mémoire vive dans l’Europe de demain.

La communauté juive de Thessalonique dispose aujourd’hui de 3 synagogues :

- La plus ancienne est celle dite des Monastiriotes au 35 rue Syngrou, fondée en 1925 par Ida Aroesti de Monasti (Bitola, aujourd’hui ARYM) en mémoire de son mari, à l’usage des Juifs de leur ville émigrés après la guerre de 1912-1913. Elle se retrouva pendant l’Occupation allemande au centre du ghetto crée en centre ville. Elle échappe à la destruction en tant qu’entrepôt de la Croix-Rouge. Elle relève du style « Art Déco ».
- La seconde synagogue, Yad la Zikharon, dite du Marché, ou Kahal de la Plasa se trouve au 26 rue Vassiléos Herakleiou dans le même bâtiment que les bureaux actuels de la communauté juive, construit après le tremblement de terre de 1979. ancienne propriété de la famille Bourla, qui en fit don après la guerre, elle a été ouverte en 1984, en employant des fragments, d’anciennes synagogues détruites.
- La troisième synagogue est située à l’intérieur du foyer Saul Modiano pour les personnes âgées, reconstruit en 1981, en hommage à l’institution crée en 1924 suite à un legs d’un juifs de Trieste, et fermée en 1943 par les Allemands après l’envoi en camp d’extermination de ses pensionnaires. L’emplacement original au 41 rue Kimonos Voga a été déplacé Vasisilis Olga dans le même quartier, aire résidentielle créée en par les autorités ottomanes après les premières destructions de remparts en 1896.

C’est dans ce même quartier que s’établirent de riches chrétiens, juifs et musulmans et des étrangers attirés par le nouvel essor du port, en y bâtissant des villas (une centaine, dont vingt subsistent).

Beaucoup sont liées au passé des grandes familles juives :

- La plus imposante est la Villa Allatini (198 rue Vassilissis Olga) construite par l’architecte italien Vitaliano Poselli (auteur de nombreux bâtiments publics et privés à la fin de l’Empire ottoman,, dans une grande variété de styles) en 1898, comme résidence de l’industriel juif Carlo Allatini, propriétaire d’une grande usine de tuiles. Ce manoir italianisant à décor de briques se trouve dans un vaste parc. Bâti sur un rez-de-chaussée de pierre, il comporte trois étages avec des vues superbes sur la mer et la montagne. Depuis 1979, il est occupé par la Préfecture. Le bâtiment fut utilisé entre 1909 et 1912 comme résidence forcée pour le Sultan Abdul Hamid II et sa proche famille. Des annexes pour la garde furent alors ajoutées. En 1926, la nouvelle université Aristote y fut installée, puis pendant la Deuxième guerre mondiale, un hôpital.
- Le complexe résidentiel Ouziel se trouve rue Georges Papandreou (ex Antheon) entre les villas Allatini et Morpurgo. Opération d’urbanisme privé, il fut construit en 1927 dans l’intense période de reconstruction suivant le grand incendie. Il s’agit de 28 maisons réparties en 8 blocs par l’ingénieur Jacques Moshe pour les commerçants Joeseph Aaron Hazan et David Mair Ouziel, dans le style des pavillons de banlieue. Classé en 1985.
- La villa Morpugo (coin des rues Ploutonos et Charoneias) a été construite en 1906 par V. Pselli pour Fanny Ouziel, mariée au directeur de la Minoterie Allatini, Moïse Morpurgo, et qui y vécut jusqu’en 1948. Avec sa façade Art Nouveau, elle est un bon exemple des villas de banlieue à trois étages, quoique altérée par divers changements après guerre. Abrite le conservatoire de Grèce du Nord, classée en 1985.
- La villa Bianca (Casa Bianca), 214 rue Vassilissis Olgas, bâtie en 1911-1913 par Piero Arrigoni pour Dino Fernandez-Diaz grand négociant italien, co-fondateur de la brasserie Olympos, porte le nom de l’épouse de son propriétaire. Elle fut le théâtre d’un grand scandale, avec la liaison puis le mariage, après enlèvement, de la fille du propriétaire Aline, avec le lieutenant grec chrétien Spyros Aliberti. Pardonnés, ils reviennent vivre à la villa, où il moururent en 1965 ; Tandis que Fernando-Diaz et son fils furent tué en 1943 en Italie par les Allemands. Bel exemple, d’art nouveau, la villa abrite après restauration le musée municipal d’art.
- La villa Mordoch (Vassilissis Olgas 162) construite en 1905 pour un militaire turc fut achetée en 1923 lors du départ des turcs par le banquier juif I. Y. M. Sialom puis en 1930 par la famille Mordoch . De style ‘turco-baroque’ avec une riche décoration intérieure, elle abrite aussi le municipal d’art.
- La villa Modiano (vasl olg 68) fut construite par le banquier Jacob Modiano en 1906 comme résidence d’été par son fils. Ingénieur formé à Paris, qui construisit de nombreux bâtiments à Thessalonique. En 1913, elle fut rachetée par la ville pour servir de résidence au roi Constantin , puis au gouverneur général de Macédoine. Depuis 1970, elle abrite le musée folklorique ethnologique de Thrace.
- La villa Ahmet Kapandji (Vassilissis Olgas 108) fut construite en 1985 par ce banquier appartenant à une grande famille de juifs convertis à l’Islam (communauté Donmech). Ce bâtiment luxueux abrita le Prince Nicolas, gouverneur militaire, après la conquête de la Macédoine puis le Premier Ministre Venizelos lors de son installation auprès des Alliés (1916). Bien ottoman, elle fut cédée à la Banque Nationale de Grèce pour y installé son Centre culturel pour la Grèce du Nord (librairie, expositions).
- La vulla Mehmet Kapandji (Vassilissis Olgas 105) fut construite, elle, en 1905, pour la même famille par P. Arrigoni. L’Etat grec en devint propriétaire après 1923. La Gestapo occupa le bâtiment. En 1997, il fut le siège de l’organisme « Thessalonique, capitale de la Culture européenne ».
- A la communauté islamo-judaïque des Dömnech se rattache naturellement leur mosquée, Yeni Cami (30 rue Archéologikou Mouseiou au Nord de Vassilissis Olgas). Cette « nouvelle mosquée » date de 1902, sur les plans de Vitaliano Posellin avec une décoration intérieures d’étoiles de David rappelle les origines de la communauté, partie pour Istanbul en 1923. Musée archéologique de 1925 à 1963, elle abrite aujourd’hui des expositions temporaires. Son architecture, d’un grand intérêt, lui a value d’être classée dès 1938.
Outre les demeures privées, les grandes familles juives laissèrent leur marque sur des institutions publiques ou de bienfaisance de ce quartier :
- L’orphelinat de garçons Carlo Allatini (Paraskevopoulou 3) avec combinaison d’éléments néoclassiques, renaissance et surplomb couvert de style balkanique, sans jardin, bâtiment typique des maisons de ville de la fin du 19ème siècle. L’orphelinat y déménagea en 1917 après l’incendie, jusqu’en 1943, lors que 50 pensionnaires, et six adultes furent déportés. En 1945, des familles rescapées de l’Holocauste y furent relogées. Depuis 1972, il abrite une école.
- L’Ecole Léon Gattegno (62 rue Delphon) était avec l’Ecole Salomon Jahon (14 rue Bizaniou) l’une des deux écoles privées du quartier résidentiel. Avec 245 élèves, 9 professeurs, elle avait été projetée en 1928 par Jacques Moshe comme une école polyvalente destinée à accueillir un jardin d’enfants, une école primaire et lycée commercial, destiné à la communauté juive mais non exclusivement. Fermée en 1943, cette école est devenue en 1945 une école publique.
- La Yeshiva Joseph Isaak Nissim (Velissariou 48) fut d’abord une résidence privée construite en 1908 pour les frères Nefussi, puis en 1917, suite à l’incendie de la ville, elle fut louée pour abriter la synagogue Italia Yasham, deuxième de Thessalonique en importance (alors angle des rue Tsimiski et Charles Diehl), puis en 1931 pour abriter une Yeshiva, qui abritait en 1940 344 étudiants et 7 enseignants. Réquisitionnée par les Allemands, elle fut revendue à l’Etat grec par la Communauté en 1972, et abrite une école d’art dramatique.
- L’école Kazes (angle rues A. Papanastasiou et 28 octobre) fut créée avec des fonds gouvernementaux comme compensations pour les pertes de l’incendie de 1917.
- La même origine est à relever pour le « Quartier du 151ème » qui permit de reloger 4500 Juifs sans-abri en 1917 en 1917, à l’emplacement du 151ème Régiment de l’Armée italienne, proche de l’Hôpital Hirsh. La communauté juive racheta ces installations, auxquelles l’Etat grec ajouta 15 casernements voisins. En 1922 une école fut bâtie. En 1932, une population de 7.000 petits commerçants et ouvriers y habitaient, faisant de ce quartier le plus peuplé des sept planifiés pour reloger les victimes de l’incendie. Confisquée en 1941, l’Ecole abrite depuis l’orphelinat municipal Aghios Stylianos. La propriété a été rendue à la Communauté juive.

- Le Yaoundi Hammam (Hamman juif) est l’un des autres bains ottomans subsistant à Thessalonique (angle Vassileos Irakleiou et Komninon) construit en 1418 avec espace séparé pour hommes et femmes, il fonctionne jusqu’au début du 20ème siècle, au cœur du quartier juif et commerçant. Depuis 1997, il est utilisé pour des expositions.
- Le bâtiment des douanes sur le port est une œuvre d’Eli Modiano, ancien élève de l’Ecole Centrale de Paris, et qui le réalisa en liaison avec le Bureau Technique Hennebique détenteur du brevet du premier béton armé. Avec une façade de 200 mètres, sur 25 mètres de largeur, l’ouvrage fut commencé en 1910 par Djavid Bey membre de la communauté Dömnech de Thessalonique, Ministre des Finances de l’Empire ottoman et représentant du Comité Jeune Turc « Union et Progrès » qui posa la première pierre. Le bâtiment ne fut acheté qu’en 1912, après la cession à la Grèce. De nombreux bâtiments commerciaux du 19ème siècle subsistent dans le centre ville dont beaucoup ont été la propriété de grandes familles juives, Lombardo, Allatini, Davidjo (liées au Fernandez)
- La Cité Saoul, le « palais commercial » de Saul Modiano fut construit avant 1891 (aujourd’hui angle de Venizelou et Vassileos Irakleiou) par V. Poselli, est l’une des premières galeries commerçantes de la ville, construite le long de la rue dite « large » qui allait de la résidence du gouverneur à la mer. Le bâtiment abritait 96 installations diverses. Endommagé en 1917 par l’incendie, il fut reconstruit en 1925-1927 par Eli Modiano pour s’insérer dans le nouveau plan de la ville.
- Le marché Modiano occupe une moitié de l’espace compris entre Ermou, Komninon et Vassileos Irakleiou. Inspiré des marchés français, il fut construite en 1922 par Eli Modiano, en quatre travées divisées en boutiques.
- La galerie Karasso spécialisée dans la mercerie occupait le rez-de-chaussée d’un bâtiment élevé en 1923 par N. Bitsanis entre les rues Vénizelou et Ermou a gardé le nom de son actionnaire principal, même si le bâtiment original a disparu.

Deux sites sont liés à la déportation des Juifs de Thessalonique.
- La Place de la Liberté (place Eleftherias) première publique moderne de la ville, fut crée au bord de la mer après la destruction de l’enceinte maritime en 1869. La nouvelle place jouxtait les quartiers juifs de Topchane et Salchane et devient l’un des centres de la vie moderne (grands magasins, cafés, hôtels, club et restaurants). Durant l’occupation, la place fut le théâtre d’un rassemblement resté dans les mémoires. Le 11 juillet 1942 après 15 mois d’occupation, les hommes juifs de 18 à 45 ans furent rassemblés, au nombre de 9000, la place afin d’être enregistrés tête nue et obligés à des exercices à les humilier. Trois milles furent envoyés dans des camps de travail en Grèce, avant d’être libérés par les survivants (en deux mois, plus d’un sur dix étaient morts), moyennant une rançon, couverte partiellement par la saisie du cimetière juif (emplacement actuel de l’université). La Place de la liberté abrite depuis 2007 le momnument à la déportation des juifs de Thessalonique, œuvre du sculpteur yougoslave Naneon Gild avec ses fils Gabriel et Daniel, représentant une menora (chandelier à sept branches) avec des flammes dévorant des figures humaines, stylisés inaugurés en 1997 par le Président Stéphanopoulos
- Le second site associé à la déportation est la gare des marchandises proche du port, à environ un kilomètre de la Place de la Liberté. La gare, alors gare du Sud de Thessalonique, était l’ancienne gare de la ville au 19ème siècle (détruite pendant la seconde guerre mondiale par les bombardements et rebâties en 1960 à l’emplacement de l’ancienne). C’est d cette gare que patrirent en août 1943 les quelque 50 mille Juifs déportés vers les camps d’Aushwitz, Birkenau, Trébinsko et Berghen-Belsen. Quatre pour cent en revinrent. Aux environs de la gare se trouve le quartier Hirsch, nommé d’après le baron Maurice de Hirsch qui finança la construction d’un lotissement à proximité de la gare, achevé en 1892, et qui permis de reloger des juifs victimes de l’incendie de 1890 (173 maison). Le quartier fut utilisé par les Allemands pour établir un camp préparant la déportation.

- Le musée juif de Thessalonique a été ouvert en 2001 par la Communauté juive dans l’un de ses bâtiments, au 13 Aghiou Mina, en plein cœur de l’ancien quartier commerçant, dans l’un des rares bâtiments à avoir survécu à l’incendie de 1917. Le journal juif en Français, « l’indépendant » y avait ses bureaux. Le musée abrite au rez-de-chaussée une collection de pierre tombale provenant de l’ancien cimetière et à l’étage une série d’objet et de photographies liés à la vie quotidienne, à l’histoire et à la destruction de la communauté juive, ainsi qu’à sa survie après 1945.
- L’ancien cimetière juif de Thessalonique, l’un des plus vastes d’Europe se trouvait à l’emplacement de l’actuel =université de Thessalonique. Ecorné par les autorités ottomanes qui en prélèvent une partie (ancien bâtiment de l’université), intéressant les nouvelles autorités grecques qui en obtinrent une partie dans l’entre-deux guerres, il fut brutalement exproprié ainsi 324.000 m2, détruisant environ 300.000 tombes. Le nouveau cimetière créé après 1945 à Stavroupolis abrite certaines des anciennes tombes et un mémorial de l’Holocauste.

dernière modification le 11/03/2010

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