Grèce : Entretien de M. Harlem Désir, secrétaire d’Etat, avec "Radio Classique"

Union européenne - Grèce - Entretien de M. Harlem Désir, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, avec « Radio Classique »

Paris, 10 juillet 2015

- Première réaction, la vôtre, sur Radio Classique, ce matin comment réagissez-vous à ce nouveau paquet de propositions qu’a fait Alexis Tsipras hier soir ?

JPEGHarlem Désir - C’est un moment très important pour la Grèce, mais aussi pour l’Europe. Les propositions qui ont été transmises sont un ensemble à la fois sérieux, crédible, global de réformes qui portent sur la modernisation de l’administration, de l’État, de l’économie en Grèce. Elles concernent, vous l’avez vu, la fiscalité, la lutte contre l’évasion fiscale, contre la corruption, le fait que les armateurs soient soumis à l’impôt, la réforme des retraites, l’équilibre du budget à l’avenir. Ces propositions marquent aussi, je crois, une volonté de lutter contre les cartels, contre un certain nombre de rigidités de l’économie grecque.

C’était ce qui était attendu, ce qui était demandé. Il fallait qu’en contrepartie du soutien, des aides, des financements apportés par l’Union européenne, il y ait l’assurance que les rigidités et les problèmes de l’économie et de l’administration en Grèce soient réglés pour ne pas donner dans un puits sans fond.
Je crois qu’à partir du moment où il y a un engagement aussi fort, aussi sérieux, de la part d’Alexis Tsipras et de son gouvernement, il faut que les négociations puissent aboutir. Cela a toujours été la volonté de la France. C’est ce pourquoi la France est totalement mobilisée depuis le début de la semaine, alors que d’autres peut-être pensaient qu’une solution était de mettre la Grèce en dehors de la zone euro, ce qui était, je crois, la pire des approches.

- On aura un accord demain, enfin dimanche Harlem Désir, d’ici dimanche ? On peut réussir à sortir par le haut de cette histoire ?

Harlem Désir - C’est notre objectif. C’est ce pourquoi le président de la République ne cesse de se mobiliser depuis le début de la semaine, heure par heure, en étant en permanence en contact avec tous les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro qui sont concernés et avec les représentants des institutions.

Il a obtenu d’abord que mardi soir on accepte qu’il y ait un délai qui soit donné à la Grèce pour transmettre ses demandes. Il y a eu une première transmission, vous le savez, mercredi avec une lettre dans laquelle la Grèce prenait des engagements très clairs, de rester dans la zone euro et d’en respecter les règles.

Puis, hier soir très tard, la transmission du plan détaillé de réformes avec un calendrier précis, avec une partie des mesures qui pourraient être adoptées dès les prochaines semaines, notamment celles concernant la TVA, la fiscalité. Ce sont ce qu’on appelle des mesures d’urgence qui sont aussi des gages, de sérieux, de la volonté de changer le pays. C’est aussi pour cela qu’Alexis Tsipras a été élu.
Il considère qu’il a aussi un mandat pour cela. Le référendum qu’il a gagné lui donne une légitimité aussi pour faire accepter à sa propre majorité, aux partis qu’il a réussi à rassembler au lendemain du référendum, des réformes qui, jusqu’à présent, n’avaient pas été faites, pas simplement depuis 5 mois, depuis dix ans et qui avaient mené l’économie grecque à la catastrophe.

Maintenant il faut que l’Europe soit aux côtés de ce pays, qu’elle lui donne la possibilité de rester dans la famille européenne. C’est notre conception de l’Europe. Les risques si la Grèce devait sortir seraient terribles, non seulement sur le plan économique pour la Grèce elle-même, mais aussi sur le plan politique pour l’Union, pour son unité, pour les citoyens qui verraient sa fragilité, pour les autres acteurs dans le monde qui se diraient que nous n’avons pas été capables de régler ce problème. Mais aussi sur le plan géopolitique parce que si on regarde une carte, on voit où est la Grèce, les crises qui l’environnent, la situation dans les Balkans, la situation en Méditerranée, le problème des migrants, le risque terroriste qui n’est pas loin.

- On vous a entendu Harlem Désir effectivement

Harlem Désir - Les risques seraient considérables. Donc ceux qui proposent une sortie en douceur, un plan B prennent vraiment des risques incroyables. Parce que le chaos, ça ne s’organise pas. Ce qu’il faut organiser au contraire, c’est la stabilité, c’est la solidarité qui va de pair avec la responsabilité, c’est ce que vient de montrer le gouvernement grec en transmettant ses propositions.

- Merci beaucoup Harlem Désir, secrétaire d’État en charge des affaires européennes, d’avoir été en ligne avec nous. Première réaction officielle du gouvernement ce matin au plan de propositions, au nouveau volet de propositions fait par Alexis Tsipras hier soir./.

dernière modification le 16/07/2015

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