Goût de France : Interview de l’ambassadeur pour "K" de Kathimerini [el]

A l’occasion de l’événement "Goût de - Good France" Christophe Chantepy a accueilli Tasoula Eptakoili et son équipe du magazine « K » (Kappa) de Kathimerini pour une visite guidée de la résidence et des cuisines accompagné de son Chef, Jean-Marie Hoffmann.

Traduction de l’article original paru en grec dans l’édition du 20 mars du « K »


« L’Ambassadeur français adore la sauce aux oeufs et au citron »

JPEG « Quand il était élève au collège, au début des années 70, sa professeure de grec ancien, passionnée de la Grèce, parlait souvent dans la classe de ce qu’elle avait vu lors de ses voyages en Grèce. L’ambassadeur l’a lui-même déclaré il y a quelques mois, à l’occasion de la réception lors de sa prise de fonctions : « elle nous parlait des oliviers qui flottaient comme les vagues d’une mer au-dessous de Delphes, de la splendeur de Parthénon, du mariage parfait entre la terre et la mer. Surtout de l’hospitalité des Grecs, du petit café offert avec un grand verre d’eau fraîche dans les villages, de l’âme grecque. Mon premier voyage quand j’ai eu un peu d’argent, c’était en Grèce. J’étais étudiant, j’avais vingt ans. Et ici j’ai rencontré tout ce que notre professeure nous avait à l’époque décrit », avait déclaré Christophe Chantepy, ambassadeur de France en Grèce depuis maintenant six mois.

C’est un doux matin de printemps et nous prenons le café, dans un des salons du rez-de-chaussée de l’Hôtel Merlin de Douai, la Résidence de France –le plus petit et le plus charmant, décoré par un papier-peint panoramique de la maison Zuber & Cie (qui représente une bataille entre les Grecs et les Ottomans devant le Temple de Zeus Olympien, le temps de la révolution grecque). Un papier peint de la même maison décore également un salon de la Maison Blanche aux Etats-Unis, mais avec un autre thème, celui de la « Vue de l’Amérique du Nord », un dessin de 1834, choisi par Jackie Kennedy en 1961 quand, alors Première dame, elle avait voulu apporter un vent de fraîcheur à la « maison » du président américain.

Mais nous, nous sommes ici pour parler d’autres choses. Notamment de gastronomie. « Enfin ! un sujet moins complexe que les autres thèmes d’actualité », déclare l’ambassadeur français. L’occasion ? L’opération Goût de / Good France, un événement créé l’année dernière sur l’initiative de l’éminent chef français Alain Ducasse et du ministère des affaires étrangères et du développement international, avec pour objectif de promouvoir l’art de vivre à la française, les produits des terroirs français (mais pas seulement) et la destination France. S’inspirant d’Auguste Escoffier qui initiait en 1912 « les Dîners d’Epicure » ‒ le même menu, le même jour, dans plusieurs villes du monde et pour le plus grand nombre de convives ‒, Goût de / Good France reprend cette belle idée dans le but de réunir le 21 mars 1500 chefs aux quatre coins de la planète et 150 ambassades de France ! Une opération impressionnante de tous points de vue. Mais ce qui est encore plus impressionnant, en tous cas pour moi qui ai eu le privilège de lui parler, c’est la passion de Christophe Chantepy pour la gastronomie. Les racines de cette passion trouvent leurs origines dans son enfance, dans sa ville natale proche de Saint-Etienne, dans le quart sud-est du pays, à environ 60 km au sud-ouest de Lyon.

Dans la cuisine de maman

Sophia Loren avait une fois dit que l’amour est l’ingrédient fondamental de la cuisine familiale. Cela vaut aussi pour l’ambassadeur : « Il est vrai que j’ai grandi avec beaucoup d’amour », déclare M. Chantepy. « Nous étions quatre enfants et même si mon père était souvent absent de la maison – en tournées, puisqu’il était marionnettiste-, on mangeait toujours ensemble. On se réunissait autour de la table et nous ne partagions pas uniquement les plats, mais aussi nos impressions sur tout ce que nous vivions pendant la journée, comme nos nouvelles de l’école. On avait tous quelque chose à dire. C’était un moment sacré. Ma mère est une excellente cuisinière. A l’époque, bien sûr, avec toutes ces bouches à nourrir, elle devait cuisiner de grandes quantités ! Je prenais beaucoup de plaisir à rester avec elle dans la cuisine et à la regarder préparer notre repas. C’est à ce moment que j’ai probablement appris à aimer la cuisine… »

Cela signifie-t-il que l’ambassadeur apprécie les bons plats ou bien qu’il cuisine aussi ? « Je cuisine, bien sûr ! et je peux cuisiner une large gamme de plats, de la cuisine française et italienne, jusqu’à la cuisine asiatique. Je prépare notamment les pâtes –je suis un fanatique des pâtes : à la carbonara, avec de la gorgonzola, à l’arrabbiata, ma sauce préférée ». Et quelle est sa spécialité de la cuisine française ? « la blanquette de veau, une sorte de ragoût, comprenant de la viande de veau, beaucoup de légumes, ‘habillé’ d’une sauce blanche. Une sorte d’avgolemono sans le … lemono ». Ah ! j’ai oublié de vous dire : l’ambassadeur français est en train d’apprendre le grec. Et il lit des romans policiers de Giannis Maris « parce que son vocabulaire n’est pas trop compliqué et cela m’aide beaucoup »…

Nous revenons à son premier voyage en Grèce, il y a presque quatre décennies. Quels sont les goûts qui l’ont marqué à l’époque ? « Ma plus grande découverte avait été celle des feuilles de vigne ! Je les adore toujours. Avec le yogourt grec au miel, le souvlaki et la sauce aux œufs et aux citrons (avgolemono). Depuis, j’ai bien sûr goûté beaucoup d’autres plats. J’aime beaucoup la ‘mageiritsa’(soupe de la pâques grecque) et la poélée de foie d’agneau. Je n’ai pas encore gouté le ‘patsas’ (soupe à base d’abats), mais j’ai l’intention de le faire rapidement ! » Et qu’est-ce qu’on trouve toujours dans le frigo de la résidence ? « des fromages, du yogourt et du lait ; j’ai beaucoup de chance d’être dans un pays qui a de si bons produits laitiers. Mais aussi des marmelades et des légumes, notamment des tomates, quand c’est la saison. Et bien sûr des olives de Kalamata, pour lesquelles j’ai un grand faible ».

Je lui demande si la gastronomie française a sa place au cœur de la scène gastronomique internationale. « Ça va de soi ! » répond-il. « Il s’agit d’une gastronomie d’excellence qui a su se renouveler, se réinventer, et a à cœur la qualité de la matière première. Elle la met en valeur, sans la ‘couvrir’ de choses sophistiquées ou inutiles. Il s’agit d’une véritable révolution culinaire ! » Et le vin, quelle place a-t-il dans sa vie ? « Je suis Français, comment puis-je ne pas l’aimer ? J’apprécie toujours un bon vin de Bordeaux, de Bourgogne ou une coupe de champagne fin... »

Avant de se quitter, j’ai une dernière question : pense-t-il que l’ascension -et la reconnaissance- d’un Chef cuisinier est plus facile que celle d’un diplomate ? Bien qu’il ne soit pas lui-même un diplomate de carrière, mais un homme politique (il a été directeur du cabinet du premier ministre Jean-Marc Ayrault et de la ministre Ségolène Royal), Christophe Chantepy n’hésite pas à répondre : « Peut-être que les choses sont plus difficiles pour un Chef. Il doit livrer une grande bataille pour se démarquer. Il est à tout moment exposé aux critiques. Il pense continuellement à comment il fera plaisir à ses clients, comment les satisfaire. Alors que dans l’administration, on peut voir des gens qui ne sont pas si efficaces, mais … restent toujours à leur place. Peut-être parce qu’il n’y a pas de ‘clients’ qui protesteront contre leurs insuffisances… »

En ligne, version originale
- http://www.kathimerini.gr/853816/article/gastronomos/gastronomia/o-gallos-presvhs-latreyei-to-aygolemono

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dernière modification le 17/05/2016

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