Europe : propos du Président de la République aux Ambassadeurs de France [el]

Extraits des vœux du Président de la République, François Hollande, au corps diplomatique (Paris,12 janvier) portant sur la vision de la France pour l’Union européenne.

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J’ai évoqué l’indépendance de la France. Elle est tout le contraire de l’isolement, du repli, du protectionnisme. La France est attachée à sa souveraineté, elle sait que c’est ainsi qu’elle peut rendre le meilleur service à la construction de l’Europe. L’Europe a dû affronter ces dernières années des crises, j’allais dire, c’est son lot quotidien que d’affronter des crises, la zone euro a été menacée d’éclatement. Elle est aujourd’hui stabilisée, même s’il y a encore toujours le sujet grec qui nous occupe, mais rien de comparable avec ce que nous avions pu connaître l’année dernière.

Nous avons connu l’afflux des réfugiés, qui a mis à mal, sérieusement, la solidarité européenne. L’Union a fini par trouver des réponses, d’abord, par elle-même, garde-côtes, garde-frontières, des lieux d’enregistrement pour les migrants et les réfugiés, des procédures pour permettre leur retour, l’accord avec la Turquie. Mais convenons que ces décisions sont venues trop tard, même si aujourd’hui elles s’appliquent.

L’Europe est confrontée à une crise bien plus grave que celle liée à des situations économiques ou même à des afflux de migrants que nous devons traiter avec humanité et dignité. Là, la crise qui la frappe, qui la touche, tient aux fondements-mêmes de son projet, puisque le 23 juin dernier le Royaume-Uni a décidé de quitter l’Union européenne. C’est la première fois qu’un pays, et pas n’importe lequel, un pays qui, dans notre histoire, a compté, qui a sa place nécessairement, par la géographie, dans l’Europe, mais c’est la première fois qu’un pays, qu’un grand pays, décide de quitter l’Union européenne.

Toutes les conséquences doivent en être tirées, aussi bien pour l’ouverture rapide des négociations, prévue au mois de mars, que pour nous conduire à déterminer ce que sera l’avenir de l’Union à 27. Nous avons un rendez-vous à Rome, au mois de mars, ce sera le 60e anniversaire du Traité qui a créé le marché commun. Nous devons donc définir une perspective.

Je veux en fixer les principes.

Premier principe, le respect des Nations car l’idée européenne ne peut apparaître en contradiction avec la légitimité des souverainetés. Ensuite, deuxième principe, la solidarité, car chaque pays ne peut se contenter de revendiquer des droits et venir chercher en Europe ce qu’il estime prioritaire pour lui-même. Ça, c’est l’égoïsme national, cela n’a rien à voir avec la souveraineté.

Cette attitude que je vois trop souvent maintenant être la règle dans le comportement d’un certain nombre de pays européens annonce la dislocation de l’Union parce que ce sera la fin de la solidarité. Chacun viendra obtenir le juste retour de ce qu’il a versé, et voudra simplement obtenir un gain et ne pas avoir un projet commun.

Troisième principe, c’est le principe de subsidiarité qui doit définir les priorités que l’Europe doit poursuivre, tout en laissant les États agir lorsqu’ils sont mieux placés pour le faire.

Une fois qu’on a défini ces principes, quels sont les objectifs de l’Europe ?

Premier objectif, c’est la protection, ce qui suppose des frontières extérieures respectées, mais aussi une défense qui lui assure une pleine autonomie stratégique à l’horizon de dix ans, en complémentarité avec l’OTAN. Les pays européens doivent comprendre que, bien sûr, les alliances seront sans doute respectées, mais que c’est à eux, eux, Européens, de dire ce que doit être la défense de leurs propres territoires, de leurs propres valeurs, c’est à eux de penser qu’il n’y a de politique étrangère que si elle est fondée aussi sur des forces qui peuvent permettre de défendre les idéaux que nous portons.

La France dans l’Europe à 27 est la principale puissance militaire en Europe. Elle pourrait considérer qu’elle n’a donc pas besoin de se mettre dans un cadre commun, ce serait un mauvais calcul, et ce serait surtout une mauvaise conception de ce que doit être la place de la France. C’est justement parce que la France est la première puissance militaire en Europe, parce qu’elle est membre du conseil de sécurité, membre permanent, qu’elle doit apporter sa contribution à la défense de l’Europe. Et c’est ce qui a justifié que nous ayons un dialogue de haut niveau avec l’Allemagne, pour montrer que nous pouvions renforcer nos capacités militaires, coordonner nos industries de défense, et également être en mesure d’avoir davantage de coopération en matière de sécurité intérieure, de renseignements, de protection de nos frontières, mais aussi de projection, et de soutien à l’Afrique.

En même temps que l’Europe est une protection sur le plan de la sécurité, elle doit être aussi une volonté pour faire respecter l’équité des échanges dans la mondialisation. Nous oublions de dire que l’Europe est la première puissance économique du monde, elle doit donc faire en sorte que les règles, à l’échelle de la planète, soient des règles où le commerce puisse être véritablement fondé sur des principes et des normes, et pas se les faire imposer de l’extérieur.

L’Europe doit défendre sa culture, son mode de vie. Elle doit permettre à nos entreprises de se développer, c’est-à-dire ne pas simplement être soumises à des règles de concurrence, mais d’être en capacité d’être leaders dans le monde. Nous devons aussi obliger les multinationales à acquitter leur part de l’impôt sur les territoires où elles ont leur activité.

En même temps qu’une protection, l’Europe doit devenir ou redevenir un espace de progrès, et donc de croissance et d’emplois, c’est-à-dire que les États qui en ont la capacité, qui ont des excédents structurels, aussi bien pour leur commerce que pour leur budget, doivent utiliser ces marges de manœuvre, alors-même que les États qui ont des déficits doivent veiller à les résorber. Mais l’Union doit également dégager des moyens communs pour l’investissement public et privé, pour la transition énergétique et écologique, pour l’économie numérique, pour la recherche, pour les universités, pour les nouvelles technologies.

Enfin, la zone euro doit disposer d’un véritable budget et aller vers une harmonisation fiscale et sociale, telles seront les positions que la France défendra, mettra en commun avec ses partenaires pour préparer ce rendez-vous du mois de mars à Rome.

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Lire l’intégralité du discours (12 janvier 2017) sur France Diplomatie

sur le site de l’Elysée


Voeux au corps diplomatique par elysee

dernière modification le 20/01/2017

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