===Une vie au service du français===
Madame Chrysanthi Inachoglou est une des figures de la francophonie en Grèce du Nord. Ses fonctions de conseillère pédagogique (équivalent de notre Inspection de l’Education Nationale) pour le français en Grèce du Nord qu’elle exerce depuis 2002 lui offrent un poste d’observation privilégié sur l’enseignement de notre langue et son avenir. Elle conseille et encadre environ 500 professeurs. Son profond engagement en faveur de la francophonie, reconnu par sa nomination dans l’ordre des Palmes académiques en 2010, n’exclut pas la lucidité et l’esprit critique.
Quelle est la situation actuelle du français en Grèce du Nord ?
La tendance récente est plutôt positive, avec un rééquilibre en cours face à l’allemand, et qui se confirme à cette rentrée en Grèce du nord. L’excellente image politique de la France comme amie ou proche de la Grèce dans la crise actuelle joue sans doute un rôle important, mais aussi la conscience, plus forte que naguère, du rôle mondial de la France et de sa langue. La Grèce est entrée dans l’organisation de la francophonie en 2006 et doit y trouver toute sa place. Toutefois, l’arrivée d’autres langues proposées concurrentes : l’italien (populaire dans l’immigration albanaise), l’espagnol, le russe, créent un effet de mode, avec une concurrence nouvelle. Dans trop de cas, faute de demande suffisante pour ouvrir une classe (8 dans le primaire, 12 dans le secondaire), les professeurs de français se trouvent contraints d’enseigner une autre matière, en général l’histoire. La question de fond, de plus en plus, pour les parents est cependant l’utilité pratique d’apprendre le français. La très faible présence des touristes français en Grèce du Nord est à cet égard un handicap certain. Nous devons aussi être attentifs à deux écueils : le premier écueil serait un « tourisme linguistique » qui ferait passer les élèves d’une seconde langue à une autre sans acquérir de réelles bases, le second écueil serait un monolinguisme de fait (en réalité le tout anglais) qui pourrait être favorisé pour des raisons financières à courte vue. En plus, la réduction des heures de cours au collège depuis 2005 (deux heures par semaine au lieu de trois) a aggravé la situation A mon avis, les efforts des associations, des enseignants et de tous les conseillers impliqués vont échouer si le gouvernement grec ne se penche pas sur le problème de l’apprentissage des langues étrangères et ne l’envisage plus sérieusement, méthodiquement avec un système d’évaluation qui aboutirait à l’obtention d’une certification de connaissance. Jusqu’à maintenant les reformes et innovations proposées n’avaient pas de continuité et par conséquent, pas de résultats mesurables.
Comment voyez-vous la promotion du français ?
Pour ma part, je me suis attaché au renouvellement de la formation des professeurs, en privilégiant une approche plus ludique, notamment pour l’apprentissage de la grammaire. Les séminaires organisés en liaison avec l’Institut français ont joué un rôle important, de même que la « mallette pédagogique » créée par l’Institut français de Thessalonique, qui a connu un grand succès dans le primaire. Nous devrions réfléchir à étendre ce système dans l’enseignement secondaire, d’autant plus que les nouveaux manuels, un peu schématiques, pourraient ouvrir des possibilités d’intervention plus personnelles aux professeurs. Les concours organisés par l’Institut français, et l’Association des professeurs de FLE, les échanges avec les classes françaises sont aussi très motivants et il conviendrait d’intensifier cet effort.. L’utilisation de TV5 pour l’enseignement est aussi une piste très riche. L’engagement renouvelé de l’Institut français de Thessalonique dans la culture ou l’intérêt manifesté par le Consulat a aidé aussi à remobiliser les professeurs de français et a réveillé l’intérêt des familles. En profondeur, cependant, il faut continuer à rompre avec l’image du français comme auxiliaire du piano pour marier les filles de bonne famille ! Le français doit être encore mieux perçu comme une grande langue de la mondialisation scientifique, technologique et commerciale, ce qu’il est. Une approche unifiée, du primaire à l’université est indispensable, et sur ce point, le département de français de l’université Aristote de Thessalonique devrait jouer un rôle d’autant plus important, que celle-ci est entrée en 2010 dans le réseau francophone.
Le français a donc de l’avenir en Grèce du Nord ?
Oui, si nous nous battons pour cela. La promotion de l’allemand est menée très activement par l’institut Goethe mais le français a des atouts affectifs et politiques. Il faut les compléter par une vision économique et pratique, et ne pas relâcher l’effort. Nous le continuons avec la nouvelle attachée linguistique, Mme Sara Combes, qui a des idées et de l’enthousiasme. La concurrence a aussi réveillé les initiatives des associations de professeurs, qui se sentent mieux soutenus et épaulés, mais il faut continuer à travailler, surtout à Thessalonique, depuis la petite école jusqu’à l’université !
