Interview du Consul général de France à Thessalonique accordée à M. Thymios Tzallas, journaliste du quotidien de Jannina "Ipirotikos Agon" du mardi 7 décembre 2010 : "Jannina-France la nouvelle ... alliance".
La Grèce a un sérieux problème en tant que porte d’entrée pour les immigrés à la recherche d’un meilleur avenir. Quelle peut être la contribution de l’Europe, ainsi que d’autres pays comme la France, dans le règlement de ce problème ?
Je viens de me rendre à Igoumenitsa, où j’ai pu me rendre compte de l’importance du problème, en rencontrant les autorités de police et du port. Nous considérons qu’il s’agit d’une question qui nous touche, comme Européens, au même titre pour les Grecs, avec lesquels nous sommes solidaires. La France, lors de sa présidence de l’Union, en 2008, s’est engagée fortement afin de faire aboutir l’adoption d’une charte Européenne de l’immigration, qui a créé, pour la première fois, une base juridique commune sur cette question si difficile et cruciale pour notre avenir.
A titre bilatéral, nous soutenons l’aide qu’apporte la police française à la police hellénique, spécialement en proposent des actions de formation aux policiers et gardes côtes grecs, comme tout récemment à Igoumenitsa. La France est aussi fortement impliquée dans deux actions européennes : les patrouilles maritimes Poséidon en Mer Égée et l’opération Rabit dans le Département de l’Evros. 180 policiers sous l’égide de l’agence européenne Frontex (dont une vingtaine de Français) ont été déployés sur la frontière orientale de la Grèce. La France a été la première à proposer son concours et le ministre, responsable Français M Eric BESSON, s’est rendu en personne à Orestiada aux côtés de son collègue grec.
La Chancelière allemande a déclaré que l’euro était en sérieuse difficulté. Partagez-vous son point de vue ? Êtes-vous inquiet sur l’avenir de la Grèce et l’UME ?
L’euro est notre monnaie commune et est devenu un élément central de la construction européenne. Tous les États européens sont solidaires pour préserver cet acquis : la crise actuelle est une occasion pour manifester notre solidarité, approfondir l’union et assainir notre croissance économique. La Grèce a beaucoup bénéficié de son appartenance à l’Union Européenne. Je me souviens d’être venu à Ioannina et en Epire pour la première fois en 1974 quel changement ! Il est vrai que les Grecs connaissent une période difficile, mais je suis convaincu que leur courage actuel, qui n’a surpris que ceux qui les connaissent mal, prépare des jours meilleurs. L’Epire a des grands atouts, et elle peut compter sur l’Europe pour aider à son développement, notamment à travers le tourisme et le développement vert. Cela été le thème de mes entretiens lundi et mardi avec les responsables de l’université de Ioannina et de TEI, et nous nous inscrivons tous dans une perspective européenne, en misant sur la jeunesse et l’éducation.
Le pays est à ses premiers pas d’une décentralisation réelle. Croyez-vous qu’une coopération directe entre les régions des deux pays soit possible sans devoir passer par les États ?
L’Europe des régions est déjà une réalité. Un pays de tradition centralisée comme la France s’est aussi lancée résolument sans cette voie, avec des succès parfois très importants. Comme consul général, avec l’appui de nos consuls honoraires, tel celui de Ioannina, Mme Hélène Alexakis, je fais en sorte d’aider nos collectivités locales à coopérer au mieux avec leurs homologues européennes. Du côté français, les régions Provence-Côte d’Azur, Languedoc Roussillon (où se trouve, l’université de Montpellier qui a signé un accord très prometteur avec l’université d’Epire en 2010, en présence de notre Ambassadeur), en Rhône-Alpes, offrent un réel potentiel que nous allons désormais explorer plus facilement, compte tenu des réformes grecques. Les domaines de tourisme et de la formation devraient être prioritaires.
Peut-elle la région de Jannina devenir un point de référence des possibilités de la coopération franco-hellénique ? Quel est le bilan jusqu’à ce jour de la coopération de Jannina et de ses citoyens avec la France ?
L’Epire a un grand potentiel. J’ai commencé à m’entretenir avec les nouveaux élus, qui me semblent très motivés par la coopération avec la France. Il y a l’université, le TEI, mais aussi la Mairie de Ioannina et la Périphérie, dont nous attendons beaucoup. Après mes rencontres de cette semaine, la responsable des relations universitaires de notre Institut de Thessalonique se rendra à l’université de Ioannina le 9 décembre pour présenter les possibilités d’échanges d’étudiants, spécialement en médecine, qui est un domaine d’excellence de cet établissement. Nous avons aussi des projets pour développer la langue française, comme atout pour diversifier votre industrie touristique. Enfin, nous souhaitons soutenir les activités de la dynamique « Association franco-hellénique de Jannina », qui présentera en février une pièce de notre grand auteur moderne Jean Cocteau, l’un de nos écrivains contemporains les plus fascinés par la Grèce. Car si nous n’oublions pas l’économie, pour nous, le dialogue avec la Grèce reste un grand dialogue de culture.
